07 avril 2009
The Brooklyn Follies (P. Auster)
Résumé
Nathan Glass, la soixantaine, s’installe à Brooklyn avec un cancer
en rémission. Par hasard, il y retrouve son neveu, Tom Wood,
ex-chauffeur de taxi et maintenant employé d’une librairie, qui avait
pourtant été promis à une brillante carrière universitaire. Entre
discussions sur de vieux souvenirs, et découvertes d’autres
personnalités – comme le curieux Harry Brightman, patron de Tom, ou la
B.P.M. (Beautiful Perfect Mother) dont Tom est follement amoureux – la
vie s’écoule lentement. Jusqu’à ce qu’une autre petite silhouette
apparaisse dans leur vie, annonciatrice de bien des bouleversements…
Pour être honnête, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman, à m’y accrocher immédiatement. Pour une part, parce que lorsque je lis en anglais, les mots trouvent moins d’écho dans mon esprit, et je suis moins transportée. Mais si je n’ai pas été conquise, dès les premières pages, par ce magnifique roman, c’est aussi parce que j’y cherchais une histoire, un fil directeur… sans vouloir comprendre que ce fil était sous mes yeux, l’histoire de Nathan Glass, de sa vie à Brooklyn et de ses fabuleuses rencontres.
Plusieurs choses m’ont vraiment conquise dans l’écriture de Paul Auster (pour ce qui est de Brooklyn Follies
en tout cas). La narration d'abord, qui change de rythme, de « manière
» comme lorsque le narrateur décide de retranscrire un dialogue brut,
sans fioritures, un vrai dialogue de théâtre parce que, selon lui,
seuls les mots étaient importants à ce moment-là.
D’ailleurs, le
narrateur est toujours à portée de notre oreille, prêt à dire, au
détour d’une phrase, « là je vais couper », « là il faudra imaginer par
vous-même.» C’est déroutant, mais original et plaisant.
Ces
destins qu’il nous raconte, ce sont eux les véritables « folies de
Brooklyn », ces destins qui sont inimaginables et pourtant enviables
par certains côtés. Chaque personnage est travaillé au ciseau avec une
précision que l’on ne se lasse pas d’admirer : on s’attache peu à peu à
ce Tom qui nous paraissait trop mou, au très étrange Harry, à la petite
Lucy et bien sûr à Nathan, l’incontournable narrateur. Tous finissent
par prendre, au fil des pages, des couleurs que l’on ne soupçonnait pas
avant. L’histoire est parfois drôle, parfois sordide, mais toujours
touchante.
Terminer l’histoire de ces folies humaines par la
mention du 11 septembre 2001 est le coup de maître. Surtout lorsqu’en
trois phrases, Paul Auster nous fait sentir l'immense fossé séparant
l’optimisme de ce Monsieur-tout-le-monde à la tête pleine de projets et
la folie de notre monde.
Voilà qui - j'espère - vous donnera envie de le découvrir !
26 septembre 2008
6 choses...
J’ai été taguée il y a quelques temps déjà (par un certain martlet, du fabuleux blog martlet), alors je rattrape mon retard…
Le but était de donner 6 choses totalement inintéressantes sur moi, alors allons-y dans la joie et la bonne humeur !
1) j’adore le bleu. C’est quelque chose que l’on remarque immédiatement sur moi (même si ce blog fait exception) ; et au contraire, il faut batailler ferme pour me faire mettre du rose !
2) j’ai horreur du téléphone. J’aime bien discuter avec les gens mais, trouvant qu’un sourire ou une mimique exprime beaucoup de choses, je considère que les silences passent beaucoup mieux quand on a son interlocuteur en face plutôt qu’au bout d’une ligne…
3) j’ai un tic qui est de me tapoter le bout du nez quand je réfléchis à quelque chose d’insignifiant (si c’est important, je me ronge les ongles comme tout un chacun…) et ça fait rire beaucoup de monde.
4) j’adore les fleurs même si la réciproque ne semble pas vraie (j’en ai vu dépérir au bout d’une vingtaine d’heures dans ma chambre… si, si !)
5) j’aurais voulu être médecin, mais la peur du sang et des blessures barbares m’en a très vite dissuadée… Du coup, je serai bibliothécaire, c’est moins effrayant (quoique, et là je m’adresse aux Pratchettiens, ce n’est pas si sûr que cela si on a lu Sourcellerie et la scène mythique d’appendisectomie…)
6) je déteste faire les magasins de vêtements, a fortiori toute seule. C’est vraiment un endroit où je ne me sens pas du tout à ma place.
Voilà, après ces inanités, je passe le relais à Tortoise et c’est tout (j’aime bien jouer ma rebelle de temps en temps)
16 août 2008
La Ligne de Fuite (Dabitch_Flao)
Rimbaud est parti. Il a fui Paris, il a fui Verlaine, il a fui les
poètes, et la poésie elle-même, pour s'en aller ailleurs, pour vivre...
ou plutôt mourir. Combattre l'ennui, en sachant qu'il n'y parviendrait
pas. Il l'écrit lui-même : « Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. » Et cette phrase, qui ouvre l'album, donne immédiatement le ton au lecteur.
1888.
Depuis quelques temps déjà, personne n'a plus de nouvelles de Rimbaud.
L'équipe du journal "le Décadent", sous la houlette d'Anatole Baju,
décide de publier un "faux" inédit du grand poète, à la fois hommage et
provocation. Adrien, l'auteur du sonnet, n'y voit qu'un hommage au
poète qui le hante, mais cette publication - pourtant pas la première -
fait scandale. Démasqué et décrié par le tout-Paris, Adrien ne se fait
pas trop prier pour partir à la recherche de son modèle. Quête qui va
le conduire de Paris jusqu'en Afrique, en passant par Charleville et
Marseille...
J'aime beaucoup la façon dont ils ont mis Verlaine en scène... Son discours sur cette page m'a beaucoup émue. (cliquez pour voir en plus grand)
Lorsqu'on se plonge dans La Ligne de fuite, on comprend vite qu'on est en présence de l'un de ces rares albums qui vous marquent longtemps... pour peu qu'on aime la poésie. Ponctué de poèmes et de lettres insérés avec talent dans l'histoire, le voyage initiatique d'Adrien nous absorbe peu à peu. Grâce à une narration mêlant rêve et réalité, Christophe Dabitch signe ici un bel hommage au poète ; et le dessinateur Benjamin Flao n'est pas en reste : par des aquarelles magnifiques et un trait original, il réussit à mêler l'onirisme qu'évoque immédiatement le nom de Rimbaud, et le réalisme que celui-ci a choisit de suivre en arrêtant la poésie au crépuscule de sa courte vie.
Une très belle BD pour les amateurs du genre et de poésie...
Petits suicides entre amis (A. Paasilinna)
Résumé
« SONGEZ-VOUS AU SUICIDE ?
Pas de panique, vous n'êtes pas seul.
Nous
sommes plusieurs à partager les mêmes idées, et même un début
d'expérience. Ecrivez-nous en exposant brièvement votre situation,
peut-être pourrons-nous vous aider. Joignez vos nom et adresse, nous
vous contacterons. Toutes les informations recuillies seront
considérées comme strictement confidentielles et ne seront communiquées
à aucun tiers. Pas sérieux s'abstenir. Veuillez adresser vos réponses
Poste restante, Bureau central de Helsinki, nom de code "Essayons
ensemble". »
Deux suicidaires se retrouvent fortuitement dans une vieille grange où ils souhaitent partir tranquilles. Entravés dans leurs funestes projets, ils se mettent en tête de rassembler d'autres désespérés pour monter une association. Commence alors, à bord d'un car de tourisme flambant neuf, un périple loufoque mené à un train d'enfer, des falaises de l'océan Arctique jusqu'au cap Saint-Vincent au Portugal pour un saut de l'ange final.
Avis
Après avoir lu La Douce empoisonneuse,
je n'ai pas pu résister en voyant ce petit livre (presque 300 p. quand
même) me tendre les bras dans une librairie. Pour être honnête, je l'ai
trouvé moins drôle que le précédent... Mais il y a quand même de
nombreux passages savoureux ! J'avais peur que tourner en ridicule une
pratique qui malheureusement existe (le suicide collectif) soit de très
mauvais goût mais je crois que c'était le défi de Paasilinna et il l'a
relevé avec beaucoup de talent. Les personnages sont tous très hauts en
couleurs, les situations complètement rocambolesques, et tout cela est
agrémenté de petites touches d'humour... Bref, je vous recommande du
Paasilinna, ça vaut le détour !
Extraits :
"Le plus grave dans la vie c'est la mort, mais ce n'est quand même pas si grave" (Maxime populaire)
Les
suicidaires passèrent trois jours à Rönteikkösalmi. Dans la journée,
ils éclaircissaient les rangs de betteraves et se régalaient de purée
de pommes de terre et de saucisses Stroganoff mitonnées par Kati
Jääskeläinen. Le soir, ils faisaient cercle autour du feu de camp et
bavardaient entre eux, à des fins thérapeutiques.
Ils appréciaient
cette saine vie rustique et seraient bienr estés plus longtemps à la
ferme, mais Urho n'avait pas d'autres travaux de binage à leur proposer.
Au
moment du départ, l'agriculteur, qui avait appris le but du voyage des
suicidaires et s'était lié d'amitié avec eux, déclara avec regret :
"J'irai
ben aussi m'tuer dans l'Nord... mais nous aut'paysans, on a ben trop à
faire, en été. J'ai point l'temps d'voyager. Mais pourquoi qu'vous
prendriez pas la patronne ? La Kati, elle a qu'ça à faire... ça
m'dérangerait point, qu'elle fasse un peu de tourisme."
Le colonel
refusa la proposition d'Urho Jääskeläinen. Son épouse, selon lui, ne
semblait guère suicidaire et serait donc forcément comme une pièce
rapportée dans cette expédition nordique. Il ne pouvait pas non plus
lui garantir de voyage de retour.
"Ben tant pis alors... c'était histoire de dire, hein", fit le fermier déçu.
09 juin 2008
Expiation (I. McEwan)
Titre original : Atonement (2001)
Résumé (qui dévoile un peu l'intrigue...) :
Dans
une Angleterre d'entre-deux guerres, la jeune Briony (13 ans) veut être
écrivain. Elle prépare d'ailleurs, en cet été 1935, une pièce de
théâtre destinée à être jouée par ses cousins pour l'arrivée de son
frère, Leon. Mais dans la même journée, elle surprend une scène entre
sa soeur, Cecilia, et le fils du jardinier, Robbie, près de la
fontaine, scène que son regard d'enfant ne peut analyser correctement, et que
son esprit d'écrivain, fantaisiste, modèle à sa propre idée. C'est
cependant cette scène anecdotique et ce qu'elle en comprend qui vont
précipiter la vie de ces trois êtres dans le tourment. A la suite d'un
drame (le viol de la jeune cousine), Briony désignera Robbie comme
coupable, et ce dernier sera arrêté sur ce seul témoignage. A
partir de là, et avec comme toile de fond la guerre, chacun des trois
personnages vivra ses propres tourments : pour Robbie, ce sera les
horreurs de la guerre et la survie pour retrouver Cecilia qui lui a dit
"Reviens, je t'attendrai". Pour Cecilia, ce sera l'attente. Et pour
Briony, ce sera l'expiation, comprendre que mêler fiction et réalité
peut être dangereux, et tenter de se faire pardonner, mais n'est-il pas
trop tard ?
Un très beau roman, qui se lit d'une traite, une fois passée l'originalité du style et de la construction. Il est, en effet, peut-être difficile d'apprécier la première partie, qui peut sembler longue car elle se déroule dans le cadre d'une unique journée, mais vécue par chacun des personnages principaux. C'est la journée qui va faire basculer leur vie, alors ça ne m'a pas gêné, mais certains n'apprécient pas... La seconde partie est plus "vivante", plus intense, et aussi agréable à lire. Et l'épilogue est magnifique, mais là je n'en dirai pas plus pour ne rien gâcher !
Un film est sorti récemment sous le titre de "Reviens-moi" (de J. Wright, avec K. Knightley, J. McAvoy, S. Ronan)




