17 juillet 2009
The Devil's Advocate (M. West)
Résumé
Faire d’un homme un saint… Il ne peut y avoir de plus grande transformation. C’est, par définition, au-delà de l’ambition humaine. Le procès est long, lent et méticuleux. Tout doit être passé au crible, rien ne doit rester caché au regard perçant et imperturbable de l’Eglise.
C’est pourquoi Monseigneur Blaise Meredith est officiellement nommé Avocat du Diable par le Vatican, et chargé de trouver une raison, n’importe laquelle, pour que le procès de Giacomo Nerone ne soit pas mis en branle.
Sans pitié, sans faiblesse, la vérité sur la vie entière d’un homme est révélée. Mais pour Blaise Meredith, cela allait être la plus terrible et la plus éprouvante des enquêtes…
C’est conseillée par mon père que je me suis lancée dans Morris West, un des rares grands auteurs qui savent parler de religion avec finesse, humilité et sans le clinquant si populaire de la superstition et des mystères. Avec L’Avocat du diable, on a entre les mains une mine d'informations sur l’enquête et les recherches qui mènent à canoniser un « Servant of God ». Mais par-delà ce thème, c’est aussi un trésor de réflexion sur la foi, à travers les personnalités qui emplissent le livre – peu nombreuses mais extrêmement différentes les unes des autres, de la jeune femme à la confiance simple et inébranlable, au peintre torturé, calculateur, mais non sans noblesse.
On aurait pu craindre une morale chrétienne rigide et sous-jacente, stigmatisant les péchés des hommes, la jalousie meurtrière des uns, les amours contre-nature des autres, mais Morris West étonne le lecteur avec un dénouement inattendu et un accent finalement mis non sur la culpabilité ou la triste repentance, mais sur l’Amour et ses miracles.
07 avril 2009
The Brooklyn Follies (P. Auster)
Résumé
Nathan Glass, la soixantaine, s’installe à Brooklyn avec un cancer
en rémission. Par hasard, il y retrouve son neveu, Tom Wood,
ex-chauffeur de taxi et maintenant employé d’une librairie, qui avait
pourtant été promis à une brillante carrière universitaire. Entre
discussions sur de vieux souvenirs, et découvertes d’autres
personnalités – comme le curieux Harry Brightman, patron de Tom, ou la
B.P.M. (Beautiful Perfect Mother) dont Tom est follement amoureux – la
vie s’écoule lentement. Jusqu’à ce qu’une autre petite silhouette
apparaisse dans leur vie, annonciatrice de bien des bouleversements…
Pour être honnête, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman, à m’y accrocher immédiatement. Pour une part, parce que lorsque je lis en anglais, les mots trouvent moins d’écho dans mon esprit, et je suis moins transportée. Mais si je n’ai pas été conquise, dès les premières pages, par ce magnifique roman, c’est aussi parce que j’y cherchais une histoire, un fil directeur… sans vouloir comprendre que ce fil était sous mes yeux, l’histoire de Nathan Glass, de sa vie à Brooklyn et de ses fabuleuses rencontres.
Plusieurs choses m’ont vraiment conquise dans l’écriture de Paul Auster (pour ce qui est de Brooklyn Follies
en tout cas). La narration d'abord, qui change de rythme, de « manière
» comme lorsque le narrateur décide de retranscrire un dialogue brut,
sans fioritures, un vrai dialogue de théâtre parce que, selon lui,
seuls les mots étaient importants à ce moment-là.
D’ailleurs, le
narrateur est toujours à portée de notre oreille, prêt à dire, au
détour d’une phrase, « là je vais couper », « là il faudra imaginer par
vous-même.» C’est déroutant, mais original et plaisant.
Ces
destins qu’il nous raconte, ce sont eux les véritables « folies de
Brooklyn », ces destins qui sont inimaginables et pourtant enviables
par certains côtés. Chaque personnage est travaillé au ciseau avec une
précision que l’on ne se lasse pas d’admirer : on s’attache peu à peu à
ce Tom qui nous paraissait trop mou, au très étrange Harry, à la petite
Lucy et bien sûr à Nathan, l’incontournable narrateur. Tous finissent
par prendre, au fil des pages, des couleurs que l’on ne soupçonnait pas
avant. L’histoire est parfois drôle, parfois sordide, mais toujours
touchante.
Terminer l’histoire de ces folies humaines par la
mention du 11 septembre 2001 est le coup de maître. Surtout lorsqu’en
trois phrases, Paul Auster nous fait sentir l'immense fossé séparant
l’optimisme de ce Monsieur-tout-le-monde à la tête pleine de projets et
la folie de notre monde.
Voilà qui - j'espère - vous donnera envie de le découvrir !
16 août 2008
Petits suicides entre amis (A. Paasilinna)
Résumé
« SONGEZ-VOUS AU SUICIDE ?
Pas de panique, vous n'êtes pas seul.
Nous
sommes plusieurs à partager les mêmes idées, et même un début
d'expérience. Ecrivez-nous en exposant brièvement votre situation,
peut-être pourrons-nous vous aider. Joignez vos nom et adresse, nous
vous contacterons. Toutes les informations recuillies seront
considérées comme strictement confidentielles et ne seront communiquées
à aucun tiers. Pas sérieux s'abstenir. Veuillez adresser vos réponses
Poste restante, Bureau central de Helsinki, nom de code "Essayons
ensemble". »
Deux suicidaires se retrouvent fortuitement dans une vieille grange où ils souhaitent partir tranquilles. Entravés dans leurs funestes projets, ils se mettent en tête de rassembler d'autres désespérés pour monter une association. Commence alors, à bord d'un car de tourisme flambant neuf, un périple loufoque mené à un train d'enfer, des falaises de l'océan Arctique jusqu'au cap Saint-Vincent au Portugal pour un saut de l'ange final.
Avis
Après avoir lu La Douce empoisonneuse,
je n'ai pas pu résister en voyant ce petit livre (presque 300 p. quand
même) me tendre les bras dans une librairie. Pour être honnête, je l'ai
trouvé moins drôle que le précédent... Mais il y a quand même de
nombreux passages savoureux ! J'avais peur que tourner en ridicule une
pratique qui malheureusement existe (le suicide collectif) soit de très
mauvais goût mais je crois que c'était le défi de Paasilinna et il l'a
relevé avec beaucoup de talent. Les personnages sont tous très hauts en
couleurs, les situations complètement rocambolesques, et tout cela est
agrémenté de petites touches d'humour... Bref, je vous recommande du
Paasilinna, ça vaut le détour !
Extraits :
"Le plus grave dans la vie c'est la mort, mais ce n'est quand même pas si grave" (Maxime populaire)
Les
suicidaires passèrent trois jours à Rönteikkösalmi. Dans la journée,
ils éclaircissaient les rangs de betteraves et se régalaient de purée
de pommes de terre et de saucisses Stroganoff mitonnées par Kati
Jääskeläinen. Le soir, ils faisaient cercle autour du feu de camp et
bavardaient entre eux, à des fins thérapeutiques.
Ils appréciaient
cette saine vie rustique et seraient bienr estés plus longtemps à la
ferme, mais Urho n'avait pas d'autres travaux de binage à leur proposer.
Au
moment du départ, l'agriculteur, qui avait appris le but du voyage des
suicidaires et s'était lié d'amitié avec eux, déclara avec regret :
"J'irai
ben aussi m'tuer dans l'Nord... mais nous aut'paysans, on a ben trop à
faire, en été. J'ai point l'temps d'voyager. Mais pourquoi qu'vous
prendriez pas la patronne ? La Kati, elle a qu'ça à faire... ça
m'dérangerait point, qu'elle fasse un peu de tourisme."
Le colonel
refusa la proposition d'Urho Jääskeläinen. Son épouse, selon lui, ne
semblait guère suicidaire et serait donc forcément comme une pièce
rapportée dans cette expédition nordique. Il ne pouvait pas non plus
lui garantir de voyage de retour.
"Ben tant pis alors... c'était histoire de dire, hein", fit le fermier déçu.
09 juin 2008
Expiation (I. McEwan)
Titre original : Atonement (2001)
Résumé (qui dévoile un peu l'intrigue...) :
Dans
une Angleterre d'entre-deux guerres, la jeune Briony (13 ans) veut être
écrivain. Elle prépare d'ailleurs, en cet été 1935, une pièce de
théâtre destinée à être jouée par ses cousins pour l'arrivée de son
frère, Leon. Mais dans la même journée, elle surprend une scène entre
sa soeur, Cecilia, et le fils du jardinier, Robbie, près de la
fontaine, scène que son regard d'enfant ne peut analyser correctement, et que
son esprit d'écrivain, fantaisiste, modèle à sa propre idée. C'est
cependant cette scène anecdotique et ce qu'elle en comprend qui vont
précipiter la vie de ces trois êtres dans le tourment. A la suite d'un
drame (le viol de la jeune cousine), Briony désignera Robbie comme
coupable, et ce dernier sera arrêté sur ce seul témoignage. A
partir de là, et avec comme toile de fond la guerre, chacun des trois
personnages vivra ses propres tourments : pour Robbie, ce sera les
horreurs de la guerre et la survie pour retrouver Cecilia qui lui a dit
"Reviens, je t'attendrai". Pour Cecilia, ce sera l'attente. Et pour
Briony, ce sera l'expiation, comprendre que mêler fiction et réalité
peut être dangereux, et tenter de se faire pardonner, mais n'est-il pas
trop tard ?
Un très beau roman, qui se lit d'une traite, une fois passée l'originalité du style et de la construction. Il est, en effet, peut-être difficile d'apprécier la première partie, qui peut sembler longue car elle se déroule dans le cadre d'une unique journée, mais vécue par chacun des personnages principaux. C'est la journée qui va faire basculer leur vie, alors ça ne m'a pas gêné, mais certains n'apprécient pas... La seconde partie est plus "vivante", plus intense, et aussi agréable à lire. Et l'épilogue est magnifique, mais là je n'en dirai pas plus pour ne rien gâcher !
Un film est sorti récemment sous le titre de "Reviens-moi" (de J. Wright, avec K. Knightley, J. McAvoy, S. Ronan)
02 février 2008
La douce empoisonneuse (A. Paasilinna)
Résumé
Une maisonnette rouge flanquée d’un petit sauna en bois gris, non loin d’Helsinki. Linnea, la douce veuve du colonel Ravaska, mène une existence paisible à soigner ses violettes et son chat. Pourtant chaque mois, le jour où elle touche sa pension, un trio maudit, conduit par son neveu, s’invite sous son toit pour la détrousser. Lorsque ses visiteurs ne se contentent plus de sa maigre retraite et exigent un testament à leur avantage, c’en est trop. Elle est résolue à en finir. Comprenez : à se suicider. Mais, surprise, concocter un poison mortel se révèle une activité beaucoup plus passionnante que tricoter. Et les noirs desseins de Linnea, par une suite précipitée d’évènements cocasses, se retournent en sa faveur, tandis que ses ennemis…
Avis
Une vieille dame très digne et tranquille, candidate au suicide... Il suffit de lire la quatrième de couverture pour se laisser tenter. Très drôle, très bien écrit (ou plutôt traduit, je ne lis pas encore le finnois). Une lecture agréable et rapide qui laisse le sourire aux lèvres et donne envie de lire du Paasilinna, apparemment génie du comique de situation - ce qui ne surprend pas. Une réserve à émettre cependant : tout le monde n'apprécie pas son humour, un peu noir et un peu grinçant...
30 juillet 2007
La vierge en bleu (T. Chevalier)
Résumé :
Récemment arrivée des Etats-Unis avec son mari, Ella Turner a du mal à trouver sa place dans cette bourgade de province du sud-ouest de la France. S’y sentant seule et indésirable, elle entreprend des recherches sur ses ancêtres protestants qui eurent à fuir les persécutions. Elle est alors loin d’imaginer que cette quête va bouleverser sa vie. Quatre siècles plus tôt, en pleine guerre de religion, Isabelle du Moulin, surnommée " La Rousse " en raison de sa flamboyante chevelure, risque un procès en sorcellerie pour le culte qu’elle voue à la Vierge Marie. Cependant, l’enfant qu’elle porte ne lui laisse d’autre choix que d’entrer dans l’intolérante famille des Tournier qui a embrassé la Réforme. Séparées par des générations mais unies par un mystérieux héritage, Ella et Isabelle vont renouer les fils du temps à deux voix. Avis : L’intrigue est passionnante, bien menée et sans la prétention et l’érudition que l’on pouvait craindre de la part d’un écrivain américain qui s’est documenté sur l’histoire de France (comme certains...), elle nous emmène faire un voyage merveilleux entre Sud de la France et Suisse, entre notre monde contemporain et le seizième siècle d'une campagne française. Le dénouement, cependant, à la limite du surnaturel, ne m'a pas semblé à la hauteur du roman. Extraits : Je contemplais le ciel, d’un bleu délavé par un soleil de fin septembre. Le Tarn était encore d’une douce tiédeur. J’étais allongée sur le dos, mes bras se mouvaient sur les côtés, ma poitrine était plate, mes cheveux flottaient au gré de la rivière, telles des feuilles autour de mon visage. Je baissai les yeux, mon ventre commençait tout juste à s’arrondir au-dessus de l’eau. J’enserrai ce renflement entre mes paumes. ***** Isabelle s’agenouille à la croisée des chemins. Elle a trois options : elle peut aller de l’avant, elle peut revenir en arrière, elle peut rester là où elle est. - Aidez-moi, Sainte Mère, aidez-moi, prie-t-elle. Guidez mon choix. Une lumière bleue l’enveloppe, lui accordant un bref réconfort. [...] Jacob parvient à la croisée des chemins, il trouve sa mère à genoux, nimbée de bleu. Elle ne le voit pas. Il la contemple un moment, ses yeux se moirent de bleu. Alors il regarde autour de lui et s’engage sur la route menant vers l’ouest.
26 juillet 2007
Harry Potter and the Deathly Hallows (JK Rowling)
Le livre qui aura fait couler tant d'encre et fait travailler tant de cerveaux sur sites et fora (tel celui de La Pensine que je recommande chaudement pour la qualité de ses réflexions). Bref, j'ai fini ce livre hier, ou ce matin.
Alors attention, futurs lecteurs du tome 7 des aventures d'Harry Potter ! Ce message gâchera votre prochaine lecture si vous le lisez.
Avis : Tout simplement magnifique. Une fin assez inattendue (comme tout le monde parlait d’une hécatombe) et originale dans le sens où il n'y a pas de véritable climax. En tout cas, je n'en ai pas senti. Mais magnifique. De toutes celles qu'on avait imaginées, celle-ci est de loin la plus belle. Le triomphe de l’amour, de l’amitié, de la confiance, par dessus tout. Et presque toutes les questions qui trouvent des réponses. Par dessus tout, l’histoire de Snape. Ce sombre professeur aigri et crule, qui a pourtant trompé Voldemort (et une bonne partie des lecteurs !) pendant tout ce temps. A cause d’un amour perdu. C’est ce que m’a le plus marqué. On avait raison de croire Severus Snape du côté de la lumière. Il ne l’a jamais quitté du moment où il a compris que les Ténèbres ne lui rapporterait pas son amour perdu, et pire qu’ils l’ont tuée. Mais cette révélation est amenée de façon magistrale car tout au long du tome, on se demande qui est vraiment Snape. Et parfois, même, on ne croit plus à sa possible rédemption. L’écriture de Rowling, son sens du détail, de l’indice laissé partout et quelquefois trouvé, des questions qui trouvent leurs réponses des milliers de pages plus tard, tout était magnifique dans ce livre. J’ai pleuré comme jamais je n’ai pu le faire en lisant les lignes où Harry avance, consciemment, vers sa mort, faisant le sacrifice de sa vie car il sait qu’il le doit, ramenant ses parents, Sirius et Remus à lui pour un court moment, prenant courage en eux. C’était au-delà de la beauté. Quant à l'épilogue si dénigré, il m'a plu. Pourquoi ne pourrait-on pas finir sur une note joyeuse et paisible ? Une phrase comme celle qu'Harry prononce à la fin du dernier chapitre ("I've had enough trouble for a lifetime") me semble bien plus stéréotypée et vide que la dernière phrase du livre ("All was well"). Par contre, il est vrai que Rowling a laissé beaucoup de destins sans réponses. Que devient Luna par exemple ? Que deviennent Seamus, Dean, Lee ? Que deviennent les parents Malefoy ? Etc. Mais elle avait dit elle-même que la fin serait très libre. De quoi donner beaucoup d'idées aux auteurs de fanfictions ! All is well, donc. On peut, sans mentir, dire que ce tome n'a pas déçu les espoirs qu'on avait placé en lui.
30 avril 2007
Druss La Légende (D. Gemmell)
Résumé (éditions Bragelonne) :
Son nom est Druss. Garçon violent et maladroit, il vit dans un petit village de paysans situé au pied des montagnes du pays drenaï. Bûcheron hargneux le jour, époux tendre le soir, il mène une existence paisible au milieu des bois. Jusqu’au jour où une troupe de mercenaires envahit le village pour tuer tous les hommes et capturer toutes les femmes. Druss, alors dans la forêt, arrive trop tard sur les lieux du massacre. Le village est détruit, son père gît dans une mare de sang. Et Rowena, sa femme, a disparu… S’armant de Snaga, une hache ayant appartenu à son grand père, il part à la poursuite des ravisseurs. Déterminé à retrouver son épouse, rien ne devra se mettre en travers de son chemin. Mais la route sera longue pour ce jeune homme inexpérimenté. Car sa quête le mènera jusqu’au bout du monde. Il deviendra lutteur et mercenaire, il fera tomber des royaumes, il en élèvera d’autres, il combattra bêtes, hommes et démons. Car il est Druss… et voici sa légende…
Mon Avis :
Une découverte plutôt sympathique, malheureusement au moment où Gemmell nous quittait. Ce n'est pas le premier livre du cycle Drenaï que j'ai lu, ni celui que j'ai préféré, mais Druss La Légende est incontestablement un bon livre. Après Légende (le premier roman de David Gemmell), on plonge dans la vie de Druss et son périple pour retrouver Rowena. Combats, trahisons, cachots, sangs… rien de très romantique et pourtant c’est par amour, dit-il, qu’il agit ainsi. Il doit pour cela garder le contrôle de Snaga l’Expéditrice, son arme démoniaque qui n’attend qu’un esprit faible pour s’emparer de lui et lui soumettre sa volonté.
Extraits :
Aimer c’est donner, pas recevoir. C’est partager son âme. Mais je perds mon temps à essayer de t’expliquer cela. Autant enseigner l’algèbre à un poulet.
*****
- Poète, l’appela-t-il doucement.
Sieben ouvrit les yeux.
- Mais rien ne peut donc te tuer, guerrier à la hache ? souffla-t-il.
- Apparemment, non.
- Nous avons gagné, dit Sieben. Et je te ferai remarquer que je ne me suis pas caché.
- Je n’en attendais pas moins de toi.
- Je suis affreusement fatigué, Druss.
- Ne meurs pas. Je t’en prie, ne meurs pas, fit le guerrier.
Les larmes lui piquaient les yeux.
- Il y a des choses que même toi tu ne peux avoir, mon vieux. Mon cœur ne sert plus à rien. Je ne sais même pas comment j’ai pu vivre si longtemps. Mais tu avais raison. Ce furent de belles années. Pour rien au monde je ne voudrais les changer. Prends soin de Niobe et des enfants. Et débrouille-toi pour que des maîtres de sagas me rendent justice. Tu me le jures ?
- Oui, évidemment.
- J’aurais bien voulu être l’auteur d’une telle saga. Quelle apothéose…
- Oui. Comme tu dis. Ecoute, poète. Je ne suis pas doué pour les mots… mais je tiens à te dire que tu as été comme un frère pour moi. Le meilleur ami que j’aie jamais eu. Le meilleur. Poète ? … Sieben ?
Sieben regardait le plafond de la tente sans le voir. Son visage serein avait presque retrouvé un semblant de jeunesse. Les rides disparaissaient devant Druss. Le guerrier se mit à trembler. Delnar s’approcha pour fermer les yeux de Sieben, et le couvrir d’un drap. Puis, il aida Druss a retourner dans son lit.
- Gorben est mort, Druss. Ses propres hommes l’ont tué pendant la déroute. Notre flotte a bloqué les Ventrians dans la baie. A l’heure où je te parle, un de leurs généraux est en train de parlementer avec Abalayn. Nous avons réussi. Nous avons tenu la passe. Diagoras veut te voir. Il a survécu à la bataille. Tu te rend compte ! Même le gros Orases est toujours avec nous. J’aurais parié à dix contre un qu’il ne survivrait pas.
- Donne-moi à boire, s’il te plaît, murmura Druss.
Delnar revint avec un verre d’eau fraîche. Druss la but lentement. Diagoras entra dans la tente, portant Snaga. La hache avait été nettoyée du sang, et polie ; elle brillait de mille éclats.
Druss la contempla, mais ne la prit pas. Le jeune homme aux yeux noirs sourit.
- Vous avez réussi. Je n’avais jamais rien vu de tel. Je ne croyais pas que ce serait possible.
- Il n’y a rien d’impossible, dit Druss. N’oublie jamais ça, mon garçon.
Les larmes montèrent aux yeux du guerrier à la hache et il tourna la tête. Un moment plus tard, il les entendit sortir. Alors seulement, il permit à ses larmes de couler.
29 mars 2007
Mortimer (T. Pratchett)
Résumé :
Mortimer court à travers champs, agitant les bras en criant comme une truie qu'on égorge. Et non. Même les oiseaux n'y croient pas.
" Il a du cœur", fait son père adossé contre un muret.
"Dame, c'est le reste qui lui manque", répond l'oncle Hamesh.
Mais à la foire à l'embauche, la Mort le remarque et l'emporte sur son cheval Bigadin. Il faut le* comprendre : il a décidé de faire la vie ; avec un bon commis, il pourrait partager le travail quotidien, ce qui lui laisserait des loisirs.
Un grand destin attend donc Mortimer. Mais… est-ce bien raisonnable ?
Un scénario qui décoiffe, une distribution prestigieuse et … peut-être… une apparition exceptionnelle de l'illustre Rincevent.
Mon avis :
Délirant. Un fou rire à chaque page, des situations rocambolesques, des personnages hauts en couleur. Un livre qui donne envie de le relire et de dévorer ensuite toutes les Annales du Disque-Monde !
Extraits :
"J'peux faire suivre par du porridge", dit-il, et il cligna de l'œil, apparemment pour inclure l'apprenti dans la conspiration mondiale porridgière.
*****
"Et toutes les reines étaient grandes, pâles et portaient ces machins comme des passe-montagnes…
- Des guimpes ?
- Ouais, c'est ça, et les princesses étaient belles comme un jour sans fin et si nobles qu'elles puaient le fayot à travers une douzaine de matelas…
- Quoi ?"
Albert hésita.
"Quelque chose dans ce goût-là, en tout cas, concéda-t-il.
*****
"Vous êtes mage. Je crois qu'il y a une chose que vous devez savoir", dit la princesse.
" AH OUI ?" fit la Mort.
( Il s'agit là d'un procédé de cinéma adapté au livre. La Mort ne parle pas à la princesse. Il se trouve en réalité dans son cabinet et s'adresse à son apprenti. Mais c'est plutôt efficace, non ? On doit appeler ça un fondu rapide, ou un zoom inversé. Ou autre chose. On peut s'attendre à tout de la part d'une industrie où tout le monde s'appelle "Coco")
*****
Les yeux bleus perçants étincelèrent dans sa direction. Il leur opposa un regard de lapin noctambule qui essaierait de faire baisser les phares à un semi-remorque de quinze tonnes dont le chauffeur défoncé depuis douze heures à la caféine fait exploser les tachymètres de l'enfer.
Sans succès.
*****
Morty baissa à nouveau la tête sur le réseau de lignes. On aurait dit qu'une araignée avait tissé une toile sur la page et s'était arrêtée à chaque intersection pour prendre des notes. Morty la fixa jusqu'à ce que les yeux lui fassent mal, dans l'attente d'une étincelle d' inspiration. Aucune ne se porta volontaire.
*****
"Et cherche pas à me passer de la pommade. Je n'suis pas pommadable."
* Une fois pour toutes, la Mort est de sexe masculin (NdT)
21 février 2007
Enquête dans le brouillard (E. George)
Résumé :
Le sergent Havers est résolument laide et revêche et bien décidée à le rester. Elle adore son boulot mais l’idée de faire équipe avec l’inspecteur Lynley, un ancien d’Eton, pur produit de l’aristocratie britannique, lui est insupportable. Un type qui prétend travailler à Scotland Yard pour se rendre utile à la société, au lieu de vivre sur ses terres ! Un type pourri de charme avec qui aucune femme n’est en sécurité. Sauf la pauvre Barbara, évidemment… Mais les querelles de ce couple inattendu cessent vite devant l’atrocité d’un crime qu’ils sont chargés d’élucider. Dans un paisible village du Yorkshire, on a trouvé le corps sans tête de William Teys, paroissien modèle. A côté de son cadavre, une hache et, près de la hache, une grosse fille qui gémit : ‘C’est moi qui ai fait ça et je ne le regrette pas’. L’épouvante ne fait que commencer.
Mon avis :
La première enquête des deux fameux héros de Mrs George ne pouvait qu'être explosive : pour la première fois, Havers et Lynley sont contraints de travailler ensemble et la situation que cela entraîne est aussi intéressante que l'enquête en elle-même. Lui, ancien d'Eton et diplômé d’Oxford, huitième comte d’Ashelton, des manières aristocratiques, des terres en Cornouailles, se demande bien pourquoi on lui a refilé le seul sergent qui s'est fâché avec tous les autres inspecteurs de Scotland Yard ; elle, à l'accent et l'éducation populaire, garçon manqué toujours mal fagotée au mauvais caractère et au cynisme légendaire, voit dans cette réunion une humiliation de plus : bref, tout les oppose, jusqu'à leur façon de voir la vie et la condition humaine.
Quant à l'intrigue, extrêmement bien ficelée, jusqu'au bout on est plongé dans l'obscurité. Plus on avance et plus ce qu'on entrevoit de misère et de noirceur nous fait penser que le dénouement risque d'être assez horrible... mais on est loin d'imaginer le pire.
Bref, pour un premier roman, elle fait fort, Elizabeth George !









