16 août 2008
La Ligne de Fuite (Dabitch_Flao)
Rimbaud est parti. Il a fui Paris, il a fui Verlaine, il a fui les
poètes, et la poésie elle-même, pour s'en aller ailleurs, pour vivre...
ou plutôt mourir. Combattre l'ennui, en sachant qu'il n'y parviendrait
pas. Il l'écrit lui-même : « Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. » Et cette phrase, qui ouvre l'album, donne immédiatement le ton au lecteur.
1888.
Depuis quelques temps déjà, personne n'a plus de nouvelles de Rimbaud.
L'équipe du journal "le Décadent", sous la houlette d'Anatole Baju,
décide de publier un "faux" inédit du grand poète, à la fois hommage et
provocation. Adrien, l'auteur du sonnet, n'y voit qu'un hommage au
poète qui le hante, mais cette publication - pourtant pas la première -
fait scandale. Démasqué et décrié par le tout-Paris, Adrien ne se fait
pas trop prier pour partir à la recherche de son modèle. Quête qui va
le conduire de Paris jusqu'en Afrique, en passant par Charleville et
Marseille...
J'aime beaucoup la façon dont ils ont mis Verlaine en scène... Son discours sur cette page m'a beaucoup émue. (cliquez pour voir en plus grand)
Lorsqu'on se plonge dans La Ligne de fuite, on comprend vite qu'on est en présence de l'un de ces rares albums qui vous marquent longtemps... pour peu qu'on aime la poésie. Ponctué de poèmes et de lettres insérés avec talent dans l'histoire, le voyage initiatique d'Adrien nous absorbe peu à peu. Grâce à une narration mêlant rêve et réalité, Christophe Dabitch signe ici un bel hommage au poète ; et le dessinateur Benjamin Flao n'est pas en reste : par des aquarelles magnifiques et un trait original, il réussit à mêler l'onirisme qu'évoque immédiatement le nom de Rimbaud, et le réalisme que celui-ci a choisit de suivre en arrêtant la poésie au crépuscule de sa courte vie.
Une très belle BD pour les amateurs du genre et de poésie...
Petits suicides entre amis (A. Paasilinna)
Résumé
« SONGEZ-VOUS AU SUICIDE ?
Pas de panique, vous n'êtes pas seul.
Nous
sommes plusieurs à partager les mêmes idées, et même un début
d'expérience. Ecrivez-nous en exposant brièvement votre situation,
peut-être pourrons-nous vous aider. Joignez vos nom et adresse, nous
vous contacterons. Toutes les informations recuillies seront
considérées comme strictement confidentielles et ne seront communiquées
à aucun tiers. Pas sérieux s'abstenir. Veuillez adresser vos réponses
Poste restante, Bureau central de Helsinki, nom de code "Essayons
ensemble". »
Deux suicidaires se retrouvent fortuitement dans une vieille grange où ils souhaitent partir tranquilles. Entravés dans leurs funestes projets, ils se mettent en tête de rassembler d'autres désespérés pour monter une association. Commence alors, à bord d'un car de tourisme flambant neuf, un périple loufoque mené à un train d'enfer, des falaises de l'océan Arctique jusqu'au cap Saint-Vincent au Portugal pour un saut de l'ange final.
Avis
Après avoir lu La Douce empoisonneuse,
je n'ai pas pu résister en voyant ce petit livre (presque 300 p. quand
même) me tendre les bras dans une librairie. Pour être honnête, je l'ai
trouvé moins drôle que le précédent... Mais il y a quand même de
nombreux passages savoureux ! J'avais peur que tourner en ridicule une
pratique qui malheureusement existe (le suicide collectif) soit de très
mauvais goût mais je crois que c'était le défi de Paasilinna et il l'a
relevé avec beaucoup de talent. Les personnages sont tous très hauts en
couleurs, les situations complètement rocambolesques, et tout cela est
agrémenté de petites touches d'humour... Bref, je vous recommande du
Paasilinna, ça vaut le détour !
Extraits :
"Le plus grave dans la vie c'est la mort, mais ce n'est quand même pas si grave" (Maxime populaire)
Les
suicidaires passèrent trois jours à Rönteikkösalmi. Dans la journée,
ils éclaircissaient les rangs de betteraves et se régalaient de purée
de pommes de terre et de saucisses Stroganoff mitonnées par Kati
Jääskeläinen. Le soir, ils faisaient cercle autour du feu de camp et
bavardaient entre eux, à des fins thérapeutiques.
Ils appréciaient
cette saine vie rustique et seraient bienr estés plus longtemps à la
ferme, mais Urho n'avait pas d'autres travaux de binage à leur proposer.
Au
moment du départ, l'agriculteur, qui avait appris le but du voyage des
suicidaires et s'était lié d'amitié avec eux, déclara avec regret :
"J'irai
ben aussi m'tuer dans l'Nord... mais nous aut'paysans, on a ben trop à
faire, en été. J'ai point l'temps d'voyager. Mais pourquoi qu'vous
prendriez pas la patronne ? La Kati, elle a qu'ça à faire... ça
m'dérangerait point, qu'elle fasse un peu de tourisme."
Le colonel
refusa la proposition d'Urho Jääskeläinen. Son épouse, selon lui, ne
semblait guère suicidaire et serait donc forcément comme une pièce
rapportée dans cette expédition nordique. Il ne pouvait pas non plus
lui garantir de voyage de retour.
"Ben tant pis alors... c'était histoire de dire, hein", fit le fermier déçu.


